Le bilan en médecine générale

Le médecin généraliste est souvent le premier interlocuteur face aux inquiétudes liées à la mémoire ou au comportement. Il évalue la situation, utilise des tests cognitifs pour mesurer la mémoire récente et les fonctions visuo-spatiales, écarte d’autres causes possibles et, si nécessaire, oriente vers une consultation mémoire ou un suivi spécialisé. L’imagerie cérébrale et les bilans biologiques complètent le bilan pour détecter des signes caractéristiques, comme l’atrophie de l’hippocampe.


Professeur Bruno Dubois
Transcription texte

Le bilan en médecine générale  

On va voir maintenant le bilan qui peut être réalisé en médecine générale chez un sujet de 75 ans, en bonne santé, qui présente peut-être les premiers signes d'une maladie d’Alzheimer.  

Le médecin généraliste observe chez ce patient :  

  • La pression artérielle normale,
  • L’examen neurologique de la marche, de la sensibilité et des réflexes est normal.  

Il va ensuite lui faire décrire des événements récents, par exemple :  

  • Qu’a-t-il dîné la veille ?
  • Qu’a-t-il fait le week-end dernier ou lors du réveillon du Nouvel An ?  

Le médecin se rend alors compte qu’il existe des difficultés à récupérer de nouvelles informations, ce qui est très important.  

Comme expliqué dans la première capsule sur les troubles de mémoire : ces patients ont souvent une mémoire ancienne intacte.  
Paradoxalement, eux et leur famille disent : « Sa mémoire est bonne, il se rappelle des choses très anciennes ».  

  • Il se rappelle du nom de sa maîtresse d’école, de son mariage…
  • Mais il ne se rappelle pas ce qu’il a dîné hier, ni ce qu’il a fait le week-end dernier.  

Autrement dit, la mémoire a toujours fonctionné, mais le patient n’est plus capable de former de nouveaux souvenirs.  C’est ce qui constitue le signe de la maladie d’Alzheimer.  

Le médecin s’intéresse donc aux événements récents pour évaluer la capacité de mémorisation récente, plutôt que les souvenirs anciens.  

Le sommeil est normal, le patient n’a probablement pas de traitement régulier, et son humeur est normale.  
Le médecin réalise ensuite quelques tests.    

  1. Les test cognitif en médecine générale
    1. Durée : 3 minutes environ
    2. Évalue plusieurs fonctions cognitives
      1. Planification
      2. Reconstruction d'une image graphique
      3. Habilités visuo-spatiale
      4. Exécutions motrices
    3. On observe, selon le stade, les perturbations dans la capacité à placer correctement les chiffres et aiguilles (par exemple, pour indiquer 11h10).
  2. Épreuve des 5 mots
    1. Contrôle l’enregistrement de l’information et permet d’éliminer un trouble attentionnel.
    2. Méthode : on établit un lien entre les mots et leur catégorie.
      1. Exemple : nom du bâtiment = musée, nom de l’insecte = sauterelle, nom du véhicule = camion.
    3. On teste ensuite le rappel immédiat et le rappel après 10 minutes.
    4. On fournit des indices pour aider à la récupération.
    5. Si le patient ne peut rappeler les mots même avec indices, cela traduit un trouble du stockage, indiquant une atteinte de l’hippocampe et éventuellement une maladie d’Alzheimer.
  3. MMS (Mini Mental State)
    1. Score de 0 à 30.
    2. Interprétation :
      1. 20–30 : affaiblissement cognitif léger,
      2. 10–20 : troubles plus intenses,
      3. <10 : démence sévère.
  4. Échelle des activités de la vie quotidienne
    1. Évalue l’autonomie :
      1. Utilisation du téléphone,
      2. Déplacements,
      3. Prise de médicaments,
      4. Gestion du budget.
    2. Permet de déterminer si le patient a franchi le seuil de la démence, c’est-à-dire une perte d’autonomie. 

Bilan complémentaire

  • Bilan biologique : généralement normal dans la maladie d’Alzheimer.
    • Sert surtout à détecter des maladies associées (cardio-vasculaires, métaboliques, etc.).
  • Neuro-imagerie (IRM) :
    • Permet d’éliminer d’autres causes de troubles cognitifs :
      • AVC silencieux, tumeur, hydrocéphalie à pression normale.
    • Permet également de rechercher des arguments positifs pour la maladie d’Alzheimer :
      • Volume de l’hippocampe, région fragile très précocement dans la maladie.
      • Sur les images, l’hippocampe apparaît sous forme d’un petit ovale, et on observe son atrophie progressive.
    • Les rapports de neuroradiologie utilisent souvent le score de Scheltens pour évaluer le degré d’atrophie hippocampique (Scheltens 1, 2, 3). 
      Forme

En résumé, le médecin généraliste réalise :

  1. Un bilan clinique,
  2. Des tests simples de cognition,
  3. Un bilan biologique (souvent normal),
  4. et puis un examen de neuro-imagerie, souvent l’IRM qui permet de focaliser sur le volume de l’hippocampe. 

Message clé

Le médecin traitant joue un rôle clé dans la détection et l’orientation vers un parcours diagnostique adapté.

Le vieillissement de la population place la maladie d’Alzheimer et les pathologies apparentées au cœur des grands enjeux de santé publique. Aujourd’hui, un million de personnes sont concernées en France, mais ce sont en réalité près de trois millions de personnes concernées, si l’on inclut les proches. C’est un véritable tsunami face auquel la société doit se préparer.

Pr Bruno Dubois co-fondateur de la Fondation Recherche Alzheimer

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