La consultation mémoire
Après le bilan initial, la consultation mémoire permet d’explorer plus en profondeur les troubles cognitifs et comportementaux. On évalue la mémoire, le langage, les fonctions exécutives et l’autonomie à l’aide de tests standardisés, de l’imagerie cérébrale (IRM, PET scan) et, si nécessaire, de biomarqueurs pathophysiologiques comme la ponction lombaire. Ces examens permettent de confirmer la présence d’Alzheimer et de mieux orienter la prise en charge, y compris pour les traitements actuellement en développement.
Transcription texte
Consultation mémoire et diagnostic de la maladie d’Alzheimer
Nous avons déjà vu les troubles de la mémoire, les troubles cognitifs et les troubles psycho-comportementaux observés chez les patients présentant des symptômes de la maladie d’Alzheimer.
Nous avons également vu le bilan réalisé par le médecin généraliste.
Voyons maintenant ce qui se passe lorsque le patient est orienté vers une consultation mémoire de proximité, où ses troubles seront explorés plus précisément et où l’on pourra définir formellement s’il s’agit bien d’une maladie d’Alzheimer.
Les deux stades de la maladie d’Alzheimer
Rappelons qu’il existe deux stades dans la maladie d’Alzheimer :
- Le stade débutant, appelé phase prodromale, en rapport avec l’atteinte des formations hippocampiques.
- La phase secondaire, liée à la diffusion des lésions en dehors des régions hippocampiques. Cette seconde phase s’accompagne progressivement de troubles cognitifs et comportementaux variés, responsables, à terme, du stade démentiel, c’est-à-dire la perte d’autonomie et le retentissement sur les activités de la vie quotidienne.
Les domaines explorés en consultation mémoire
Lors de la consultation mémoire, plusieurs secteurs sont explorés :
- la mémoire,
- les fonctions exécutives (liées au lobe frontal),
- le langage, les fonctions instrumentales,
- l’efficience cognitive globale,
- l’autonomie du sujet,
- et les troubles attentionnels.
L’objectif est d’évaluer de manière détaillée les différents domaines cognitifs et comportementaux du patient.
Les tests utilisés
Pour cela, plusieurs tests standardisés sont utilisés.
Par exemple, la BREF (Batterie Rapide d’Efficience Frontale) explore six domaines différents et donne une idée globale du fonctionnement des régions frontales impliquées dans :- la conceptualisation,
- la flexibilité mentale,
- la programmation,
- la dépendance environnementale,
- la sensibilité à l’interférence,
- et le contrôle inhibiteur.
L’exploration du langage
Le langage est étudié à travers :
- le discours, l
- a dénomination d’images ou d’objets (présents sur le bureau ou à l’aide de supports comme le catalogue de Boston, très utilisé),
- l’aisance verbale (nombre d’animaux cités en une à deux minutes, ou de mots commençant par une lettre donnée, par exemple « S »),
- la répétition de mots ou de phrases plus ou moins longues,
et la compréhension d’ordres simples ou complexes (ex. : « Montrez-moi la fenêtre », « Donnez-moi le stylo sur la table », etc.).
Ces exercices sont simples à administrer, mais dans les consultations mémoire, les tests sont hautement standardisés et adaptés à l’âge et au niveau culturel du patient, afin de déterminer avec précision ses capacités de compréhension et d’exécution. Les perturbations du langage peuvent être observées dans le cadre de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, mais aussi dans des aphasies primaires progressives (APP).
L’évaluation des praxies gestuelles
Les praxies gestuelles correspondent à la capacité à réaliser des gestes :
- des gestes automatiques (séquences motrices),
- ou des gestes sur imitation : le patient reproduit ceux que fait le praticien devant lui (ex. : ailes de papillon).
On évalue aussi des gestes symboliques : « Montrez-moi comment on fait le salut militaire », « Comment on enfonce un clou avec un marteau », ou « Comment on exprime que ça ne sent pas bon ».
Les perturbations des praxies peuvent s’observer dans : la maladie d’Alzheimer, le syndrome de Benson, ou la dégénérescence cortico-basale.
Les examens d’imagerie
Une fois les bilans cognitifs et comportementaux réalisés, on procède à des explorations plus approfondies, notamment par imagerie.
- L’IRM cérébrale peut montrer des atrophies (comme sur l’exemple présenté, où une atrophie est visible dans la partie antérieure du cerveau).
- Le PET scan au FDG est un examen clé.
Comment fonctionne le PET scan au FDG :
On injecte dans le sang du glucose faiblement radioactif.
Ce sucre, dont la radioactivité dure quelques minutes, est consommé par les cellules proportionnellement à leur activité.
L’analyse se concentre sur le cerveau, où :- les zones très actives apparaissent en rouge,
- les zones moins actives en jaune ou vert.
Ainsi, lorsqu’on observe un trou de fixation (une zone verte ou jaune au lieu du rouge), cela révèle un hypométabolisme cortical localisé, signe d’une dégénérescence régionale.
Par exemple, un hypométabolisme frontal droit évoque une dégénérescence frontale localisée.
Les biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer
Nous disposons aujourd’hui de biomarqueurs permettant de caractériser la maladie d’Alzheimer.
Lorsqu’un patient présente des troubles cognitifs et comportementaux, et des anomalies à la neuroimagerie, la question se pose :
Est-ce vraiment une maladie d’Alzheimer ?
Pour y répondre, on utilise les biomarqueurs physiopathologiques, détectables par une ponction lombaire.
Cet examen permet de mesurer, dans le liquide céphalo-rachidien, la concentration des protéines caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, à savoir :
- les protéines bêta-amyloïdes,
- et les protéines Tau.
Ainsi, on peut rattacher formellement les troubles cognitifs observés à la présence de la maladie.
C’est un geste pratiqué dans certaines consultations mémoire spécialisées.
Il n’est pas systématique, mais il est proposé lorsqu’on souhaite confirmer avec certitude le diagnostic.Cela peut être important :
- pour le patient, afin de mettre un nom sur sa maladie,
- et pour le médecin, afin de le rendre éligible à certains traitements innovants, actuellement en développement et réservés aux patients chez qui le diagnostic d’Alzheimer est confirmé.
Ainsi, dans les centres spécialisés, la ponction lombaire fait désormais partie des examens de référence pour confirmer la présence d’une maladie d’Alzheimer chez un patient présentant des troubles cognitifs significatifs.
Message clé
La consultation mémoire permet de préciser le diagnostic, d’évaluer les fonctions cognitives et de guider un accompagnement personnalisé.
Le vieillissement de la population place la maladie d’Alzheimer et les pathologies apparentées au cœur des grands enjeux de santé publique. Aujourd’hui, un million de personnes sont concernées en France, mais ce sont en réalité près de trois millions de personnes concernées, si l’on inclut les proches. C’est un véritable tsunami face auquel la société doit se préparer
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Professeur Bruno Dubois