Le projet personnalisé et les interventions non médicamenteuses

Le projet personnalisé, pivot de l’approche « positif care », combine traitements médicamenteux, interventions non médicamenteuses et activités sociales, domestiques ou récréatives. Les interventions non médicamenteuses, encadrées par du personnel qualifié, s’articulent autour de quatre axes thérapeutiques : fonctionnel (prévention des chutes, maintien de l’autonomie), cognitif (attention, mémoire, langage), comportemental (gestion de l’agitation ou de l’agressivité) et social. Des activités comme la danse thérapie, le Silver Fit, la réhabilitation cognitive, l’art-thérapie ou la musicothérapie permettent d’adapter les soins aux besoins de chaque patient.


Transcription texte

Les interventions non médicamenteuses chez Clariane

Bonjour, 
J’ai le plaisir aujourd’hui de vous parler des interventions non médicamenteuses chez Clariane.

Avant de rentrer dans le détail de ces interventions, quelques mots sur le projet personnalisé. 
Ce projet personnalisé est vraiment le pivot de notre approche d’accompagnement et de soins, appelée le Positive Care.


1. Le projet personnalisé : le cœur du Positive Care

Ce projet s’articule autour de trois types de prise en soin :

  1. Les traitements médicamenteux ou médicaux,
  2. Les interventions non médicamenteuses (sujet de cette présentation),
  3. Les activités domestiques, sociales et récréatives.

Quelle que soit la nature de l’accompagnement, toutes ces approches répondent au même schéma clinique, qui comprend :

  • Une évaluation initiale, pouvant prendre différentes formes,
  • Un ordonnancement, sous forme de prescription médicale, de programme thérapeutique ou d’activités,
  • Une traçabilité dans le projet personnalisé, permettant un suivi continu,
  • Et enfin, un bilan, permettant de mesurer l’efficacité, le chemin parcouru et d’envisager le renouvellement du traitement ou de l’activité.


2. Définir une intervention non médicamenteuse (INM)

Pour définir ce qu’est une intervention non médicamenteuse, nous pouvons reprendre la définition proposée par la Non Pharmacological Intervention Society (NPIS) :

Une INM est une méthode de santé efficace, personnalisée, non invasive, référencée et encadrée par un personnel qualifié.

Chaque mot est important. 
On retiendra surtout qu’une intervention non médicamenteuse doit être une thérapie ou une activité ayant démontré son efficacité.

Cela suppose :

  • une méthode de santé validée,
  • des références scientifiques, avec des publications prouvant son intérêt et son efficacité,
  • notamment chez les patients souffrant de pathologies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, pour laquelle, comme vous le savez, il n’existe pas encore de traitement médicamenteux curatif.

C’est pourquoi ces interventions occupent une place essentielle dans l’accompagnement et le soutien des patients et de leurs familles.


3. Les axes thérapeutiques développés chez Clariane

Chez Clariane, nous travaillons sur ces questions depuis plus de quinze ans, autour de quatre grands axes thérapeutiques :

  1. Un axe fonctionnel,
  2. Un axe cognitif,
  3. Un axe comportemental,
  4. Et un axe social et récréatif (lié à la vie quotidienne).


a) Axe fonctionnel

Cet axe vise à renforcer, entretenir ou rééduquer les capacités physiques et motrices. 
Un point clé concerne la prévention des chutes : comment les éviter, ou comment récupérer après une chute.

C’est un travail important sur :

  • l’équilibre,
  • la verticalité,
  • la motricité fine et globale, 
    pour permettre aux personnes de rester autonomes le plus longtemps possible, aussi bien pour les gestes du quotidien (comme l’habillage) que pour la marche et les déplacements.


b) Axe cognitif

L’axe cognitif est essentiel pour les patients souffrant de pathologies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer. 
Il repose sur un large éventail de thérapies et d’approches ayant pour objectif d’entretenir, renforcer ou rééduquer les fonctions cognitives : 
l’attention, la concentration, le langage, la mémoire, etc.


c) Axe comportemental

Cet axe est particulièrement important car les patients atteints de maladies neurodégénératives présentent souvent des troubles du comportement : 
agitation, agressivité, déambulation excessive ou, au contraire, prostration et apathie.

Pendant longtemps, les soignants se sont sentis démunis face à ces situations. 
Les interventions non médicamenteuses comportementales ouvrent aujourd’hui un champ immense d’action, permettant :

  • aux professionnels de devenir de véritables acteurs du soin,
  • et aux patients de retrouver un apaisement et un meilleur confort psychologique.


4. Exemples d’interventions non médicamenteuses dans le réseau Clariane

a) Sur le plan fonctionnel

  • SilverFit : un outil interactif déployé dans tout le réseau, qui permet, sous forme de jeu, de mobiliser l’ensemble du corps, debout ou assis (notamment pour les personnes en fauteuil roulant).
  • Danse thérapie : combinant une dimension fonctionnelle et cognitive, favorisant aussi les interactions sociales.
  • Programmes de gymnastique adaptés, classiques mais essentiels.

b) Sur le plan cognitif

  • Réhabilitation cognitive et thérapies de réminiscence.
  • FormaCube : activité utilisée dans tout le réseau, sollicitant la plasticité cérébrale. 
    Le patient doit reproduire des formes en 2D ou 3D, avec une progression adaptée à son niveau.

c) Sur le plan comportemental

Une spécificité de Clariane réside dans le développement des activités Flash, souvent regroupées dans un chariot d’activités Flash.

Ce chariot est à la prise en charge comportementale ce que le chariot d’urgence est à la médecine d’urgence : en cas de « crise comportementale », il permet d’apporter rapidement au patient un ensemble d’activités thérapeutiques destinées à l’apaiser et à recréer du lien.

Ces activités incluent :

  • l’art-thérapie,
  • la doll-thérapie (thérapie par la poupée, particulièrement développée en Italie),
  • le ludospace (programme centré sur l’intérêt du jeu dans l’accompagnement des malades d’Alzheimer),
  • la musicothérapie,
  • la zoothérapie.


5. Le schéma clinique : évaluer, prescrire, suivre, évaluer à nouveau

Chaque intervention suit un schéma clinique rigoureux :

  1. Évaluation initiale du besoin, incluant les souhaits, attentes et envies du patient, afin d’orienter le choix de la thérapie.
    • Des outils d’évaluation spécifiques sont utilisés.
    • Un document partagé entre professionnels permet de résumer les compétences, capacités et besoins du patient.
  2. Programme thérapeutique
    • Toute thérapie implique une prescription, qui peut prendre la forme :
      • d’une ordonnance,
      • ou d’un programme structuré précisant la fréquence (par semaine ou par mois) et la durée.
    • C’est ce qui distingue une intervention non médicamenteuse d’une simple activité ludique : la dimension thérapeutique planifiée.
  3. Suivi et évaluation continue
    • Tout au long du programme, les séances sont suivies, évaluées, puis réajustées.
    • En fin de programme, un bilan permet de mesurer l’atteinte (partielle ou totale) des objectifs, et de décider d’une reconduction ou d’une évolution du programme.


6. Les outils d’évaluation utilisés

Quelques exemples de grilles d’évaluation utilisées :

  • Partie fonctionnelle : test de Tinetti ou Timed Up and Go (TUG). 
    En Allemagne, une application numérique est utilisée pour cette évaluation.
  • Partie cognitive : test Mini-Mental State Examination (MMSE) ou le test des cinq mots.
  • Partie comportementale : outils internationaux tels que ANPIS, GDS ou QOLS (centré sur la qualité de vie).


Conclusion

Voilà ce que je souhaitais partager avec vous sur les interventions non médicamenteuses, avec quelques exemples concrets de pratiques déployées dans le réseau Clariane.

Retenons surtout que toute intervention, pour être thérapeutique, doit s’inscrire dans un véritable schéma clinique : 
évaluation, prescription, suivi et réévaluation.

Merci beaucoup.

 

Message clé

Le projet personnalisé et les interventions non médicamenteuses offrent un accompagnement global, individualisé et efficace pour améliorer la qualité de vie des patients atteints de la maladie d’Alzheimer.

Le vieillissement de la population place la maladie d’Alzheimer et les pathologies apparentées au cœur des grands enjeux de santé publique. Aujourd’hui, un million de personnes sont concernées en France, mais ce sont en réalité près de trois millions de personnes concernées, si l’on inclut les proches. C’est un véritable tsunami face auquel la société doit se préparer.

Pr Bruno Dubois co-fondateur de la Fondation Recherche Alzheimer

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