Vieillissement et société : trajectoires et nouvelles offres
Organisées par Clariane et l’IHU HealthAge de Toulouse, les Rencontres des gérosciences se sont tenues le 14 janvier 2026, à l’Académie nationale de médecine (Paris). La deuxième table ronde, portant sur le thème « Vieillissement et société : trajectoires et nouvelles offres », a réuni la professeur Sylvie Bonin-Guillaume, Julien Damon, le professeur Thomas Rapp et le docteur Jean-Marie Robine pour éclairer, au-delà des enjeux médicaux, les transformations sociétales liées au vieillissement et les réponses à construire.
Table ronde « Vieillissement et société : trajectoires et nouvelles offres » avec la Professeur Sylvie Bonin-Guillaume, Julien Damon, le Professeur Thomas Rapp et le Docteur Jean-Marie Robine
Les intervenants ont d’abord rappelé l’ampleur de la dynamique démographique. L’espérance de vie a fortement progressé pendant plusieurs décennies, avec un ralentissement observé depuis les années 2010, sans que l’on puisse conclure à un plafond définitif. En parallèle, la hausse du nombre de centenaires illustre concrètement l’accélération du vieillissement : environ 40 000 aujourd’hui, avec des projections qui atteignent près d’un demi-million à l’horizon 2100.
Cette évolution questionne l’équilibre de notre société et appelle des choix publics clairs : comment répartir l’effort entre les âges de la vie, faut-il construire des crèches ou des EHPAD, et comment penser des solutions qui répondent à des attentes de plus en plus exigeantes en matière de liberté, de qualité et de personnalisation ?
On ne peut plus décider « pour » les personnes, sans partir de leurs préférences
Le Pr Thomas Rapp souligne que ne pas placer les attentes au centre peut conduire à « rater la cible ». Les premiers résultats de travaux internationaux montrent qu’une part des Français plus importante qu’on ne l’imaginait n’exprime pas d’aversion de principe à l’entrée en établissement et peut considérer qu’un changement de lieu de vie, résidence ou établissement, constitue, dans certaines conditions, la meilleure option pour sa qualité de vie. La discussion met aussi en évidence le rôle des mots, des représentations et de l’expérience vécue : la demande ne porte pas seulement sur un « lieu », mais sur un projet de vie, la qualité des soins, l’attention des équipes, l’environnement et la dignité.
Les angles morts du « virage domiciliaire »
La Pr Sylvie Bonin-Guillaume insiste sur l’épuisement des aidants, souvent invisibilisés, et sur la nécessité de mieux les identifier, les soutenir et prévenir leur usure, car elle fragilise aussi le parcours de la personne aidée. Elle rappelle que l’aide à domicile repose sur plusieurs composantes complémentaires : ce qui relève du médical (remboursé par l’Assurance maladie) et ce qui relève du médico-social et du social (aides à l’autonomie, aides à domicile), avec un enjeu majeur de coordination et de disponibilité des professionnels.
L’impérieuse nécessité de prendre en compte la dimension économique d’une population vieillissante
Le vieillissement en soi n’est pas le principal facteur de dépense : ce sont la perte d’autonomie et surtout les derniers mois de la vie, souvent marqués par des parcours très hospitalo-centrés, qui concentrent les coûts. À l’approche du « mur démographique » des baby-boomers, la question devient collective : sommes-nous préparés à absorber un pic de dépenses tout en améliorant la qualité de vie des personnes ? Pour les intervenants, cela suppose de réorienter l’organisation vers davantage de prévention, des parcours mieux coordonnés, et des alternatives crédibles à l’hospitalisation, en cohérence avec le souhait largement exprimé d’éviter une fin de vie à l’hôpital.
Que se passe-t-il ailleurs en Europe ?
La comparaison européenne éclaire ces choix. La France, comme l’Espagne ou l’Italie, figure parmi les pays à plus forte espérance de vie. Mais lorsque l’on regarde l’espérance de vie sans incapacité, elle se situe plutôt dans la moyenne, tandis que les pays nordiques et la Suisse obtiennent des résultats nettement supérieurs. Cette différence renvoie à des politiques publiques davantage orientées vers la prévention de la perte d’autonomie, l’intervention précoce, et une meilleure articulation entre le médical, le médico-social et le social.
Construire des réponses plus diversifiées et plus humaines
Pour mieux-vieillir demain et faire de la longévité une opportunité pour toute la société, tenons compte des préférences réelles de chacun, en soutenant les aidants, en anticipant les impacts économiques du vieillissement et en accélérant les politiques de prévention.