Bouger et bien se nourrir : clés scientifiques pour bien vieillir
La mobilité et la nutrition sont deux fonctions majeures pour prévenir la perte d’autonomie. À l’occasion d’une table ronde dédiée à la géroscience, quatre experts – Pr France Mourey, Pr Agathe Raynaud‑Simon, Pr Yves Rolland et Dr Jean‑Marc Brondello – ont partagé leur vision d’un vieillissement actif, éclairé par les avancées récentes de la recherche, et loin des idées reçues qui freinent encore l’action en prévention.
Réflexion approfondie des experts : Pr France Mourey, Pr Agathe Raynaud‑Simon, Pr Yves Rolland, Dr Jean‑Marc Brondello.
Mobilité : une fonction à préserver, à tout âge
Pour le professeure France Mourey, ralentir à 80 ou 90 ans n’est pas une fatalité.
La marche “aux petits pas”, longtemps considérée comme normale avec l’âge, reflète en réalité une marche pathologique, souvent liée à des affections musculo‑squelettiques ou cognitives.
Elle pointe deux idées fortes :
- Bouger différemment n’est pas bouger moins : adapter les programmes d’activité physique au vieillissement ne signifie pas les rendre “plus doux”, mais plus précis, mieux ciblés.
- Le mouvement doit avoir du sens : chez les personnes âgées, l’activité physique fonctionne mieux lorsqu’elle est mentalement engagée, finalisée, connectée à la vie quotidienne (ex. Tai‑chi, programmes cognitifs-moteurs).
Le cœur du message : la mobilité est un déterminant du bien‑vieillir, à protéger bien avant l’apparition des fragilités.
Les conséquences en cascade d’une perte de mobilité
Une simple réduction de mobilité ne touche pas seulement la marche :
- isolement social,
- perte d’autonomie,
- troubles de l’humeur,
- diminution de l’activité cognitive,
- douleur chronique,
- accélération du déclin fonctionnel.
L’experte alerte sur la nécessité d’intervenir tôt, notamment face aux “petites fragilités” souvent banalisées.
Nutrition : les idées fausses qui freinent la prévention
Pour la Pr Agathe Raynaud‑Simon, une idée reçue est particulièrement dangereuse : qu’une personne âgée qui maigrit après 60/70 ans est un phénomène normal…elle vieillit simplement.
- Une personne âgée en bonne santé ne maigrit pas.
- Toute perte de poids est un signal d’alerte à investiguer.
- La dénutrition est une maladie silencieuse : elle progresse sans plainte, sans douleur, et passe souvent inaperçue.
À retenir : on peut reprendre du muscle à tout âge, même à 100 ans en EHPAD, si l’activité physique adaptée et l’apport nutritionnel sont au rendez‑vous.
Bien manger en vieillissant : pas les mêmes besoins qu’à 30 ans
La prévention nutritionnelle doit s’adapter au fil de la vie.
Contrairement aux messages généraux (“manger moins gras / salé / sucré”), les personnes âgées ont besoin :
- d’une alimentation plus riche,
- d’un suivi du poids régulier,
- de préserver leur masse musculaire,
- d’identifier toute perte de poids dès 3 à 5 kg.
Le muscle est un organe hautement entraînable, même tard dans la vie.
Bouger, nourrir, stimuler : l’apport des gérosciences (Pr Yves Rolland)
Le Pr Rolland rappelle que les interventions non pharmacologiques sont aujourd’hui les plus efficaces pour prévenir la perte d’autonomie : activité physique, nutrition, stimulation cognitive, sommeil, lien social.
L’étude ICOPE Intense, menée dans le cadre du XPRIZE Longévité, combine :
- activité physique personnalisée,
- nutrition adaptée,
- stimulation cognitive,
- amélioration du sommeil,
- accompagnement du mode de vie.
Objectif : gagner 10 ans de fonction en ciblant trois piliers : motricité, cognition, immunité.
Gérothérapies et recherche : promesses et limites (Dr Jean‑Marc Brondello)
Les avancées en géroscience ouvrent de nouvelles pistes :
- compréhension des cellules sénescentes (“cellules zombies”),
- exploration des biomarqueurs,
- rôle des corps cétoniques,
- intérêts potentiels de molécules comme la metformine ou la rapamycine.
Mais le message est clair :
Aucune molécule ne remplace aujourd’hui les effets de l’activité physique, d’une bonne nutrition et du maintien des fonctions.
La géroscience cherche d’abord à retarder les pathologies liées à l’âge, pas à allonger la vie indéfiniment.
Prévenir : une démarche qui démarre tôt… mais se poursuit toute la vie
Les experts convergent :
- il n’y a pas d’“âge officiel” pour commencer la prévention ;
- 50 ans est un bon repère pour renforcer les réserves fonctionnelles ;
- mais la prévention est un continuum de vie, de l’enfance au grand âge.
La sédentarité des jeunes générations est déjà un déterminant majeur du vieillissement futur.
Vieillir : non pas plus longtemps, mais mieux
Les experts rappellent l’objectif essentiel : augmenter l’espérance de vie en bonne santé, en préservant les fonctions essentielles et en retardant l’apparition des maladies.
La géroscience ne répond pas à un fantasme d’immortalité : elle soutient un vieillissement actif, autonome et choisi.
A retenir
Bien vieillir, c’est préserver ses fonctions. Bouger, se nourrir correctement, stimuler son corps et son cerveau : ce sont aujourd’hui les interventions les plus puissantes, à tous les âges de la vie.