Dépister pour mieux prévenir : audition, vision, mémoire

Organisées par Clariane et l’IHU HealthAge de Toulouse, les Rencontres des gérosciences se sont tenues le 14 janvier 2026, à l’Académie nationale de médecine (Paris). Cette table ronde a réuni le Pr Laurent Balardy, le Pr Bernard Fraysse, le Pr Antoine Piau (directeur médical éthique et innovation en santé de Clariane) et le Pr Bruno Vellas, autour d’une idée forte : dépister tôt les fragilités (audition, vision, cognition…) pour agir avant la perte d’autonomie, dans l’esprit du programme ICOPE de l’OMS.


Table ronde “Dépister pour mieux prévenir : audition, vision, mémoire” avec les Pr Laurent Balardy, Bernard Fraysse, Antoine Piau et Bruno Vellas.

Au fil des échanges, une conviction s’impose : la longévité “utile” n’est pas de vivre toujours plus longtemps, mais de gagner des années en bonne santé, en réduisant autant que possible le temps passé avec des incapacités. D’où l’intérêt d’un nouveau type d’offre, plus proactive, plus coordonnée, et plus proche des territoires : les “cliniques de la longévité” (ou, comme le propose le Pr Fraysse, des “cliniques de l’autonomie”), conçues comme un bras opérationnel de la prévention ICOPE.

Changer de paradigme : préserver la fonction, pas seulement traiter les maladies

Le Pr Balardy le rappelle : la démarche défendue par l’IHU Health Age n’a rien d’un “anti-âge” spectaculaire. Elle vise une approche pragmatique, fondée sur les recommandations, qui place au cœur l’évaluation de la capacité intrinsèque (mobilité, nutrition, audition, vision, cognition, bien-être psychique…). L’enjeu est clair : repérer tôt les inflexions de trajectoire et agir sur les facteurs modifiables (activité physique, sédentarité, sommeil, stress, habitudes de vie), avant que les pathologies ne s’installent.

Autre point central : la “clinique de la longévité” doit éviter l’écueil d’une offre réservée à quelques-uns. L’objectif est l’inverse : rendre la prévention accessible, utile et

raisonnable, en s’appuyant sur des outils simples (auto-questionnaires, dépistages rapides) et des parcours lisibles.

Pourquoi 50 ans revient sans cesse

Après discussion avec des experts français et internationaux, l’âge de 50 ans apparaît comme une charnière :

  • c’est souvent le moment où l’on devient plus réceptif à la prévention ;
  • c’est aussi la période où les grandes courbes de risques (cardio-métabolique, cancers, neurodégénératif) commencent à augmenter ;
  • et où l’on observe, dans les travaux de cohorte, une première baisse mesurable de la capacité intrinsèque — à un âge où l’on a encore de vraies marges d’action.

L’idée n’est pas de “faire venir tout le monde” en consultation spécialisée, mais de filtrer intelligemment : des tests et questionnaires en amont, puis une orientation vers une consultation de prévention ou une prise en charge plus structurée là où le bénéfice est réel.

Audition : un levier concret contre l’isolement, les chutes… et le déclin cognitif

Le Pr Bernard Fraysse insiste : un trouble auditif n’est jamais isolé. Il peut entraîner isolement social, difficultés de communication, retentissement psychique, et s’associer à des troubles de l’équilibre. D’où sa proposition d’une organisation “en constellation” : ORL, audioprothésiste, kinésithérapeute vestibulaire, orthophoniste, orthoptiste… réunis autour de la situation globale de la personne.

Deux messages marquants ressortent :

  • Réhabiliter l’audition peut avoir des effets au-delà de l’oreille : le Pr Fraysse cite notamment des données montrant une réduction du déclin cognitif dans le cadre d’un essai randomisé (ACHIEVE).
  • La prévention des chutes ne se résume pas à “bouger plus” : il faut aussi diagnostiquer l’instabilité et ses causes (dont une part est traitable), puis coordonner les interventions.

Enfin, malgré le “100 % santé”, l’accès précoce reste un défi : la prise en charge financière ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée de messages ciblés et de solutions de parcours, notamment dans les zones les plus défavorisées.

Mémoire et maladie d’Alzheimer : vers une prévention plus personnalisée

Le Pr Bruno Vellas rappelle que la prévention qui inquiète le plus est celle de la maladie d’Alzheimer. Les avancées récentes ouvrent une perspective : disposer de biomarqueurs sanguins permettant d’identifier des profils à risque et de mieux cibler la prévention. Il propose une approche prudente et pédagogique : utiliser ces marqueurs chez des personnes qui se plaignent de leur mémoire, ou présentant des antécédents familiaux, en expliquant qu’il s’agit d’un facteur de risque — comme un cholestérol élevé — et non d’un diagnostic de maladie.

En parallèle, la table ronde souligne l’intérêt des interventions non médicamenteuses (activité physique adaptée, programmes multidomaines) et la nécessité de trouver un modèle “mixte” (présentiel + outils digitaux) pour concilier efficacité, coût et adhésion dans la durée.

Passer à l’échelle : l’enjeu des territoires et le rôle de Clariane

Le Pr Antoine Piau décrit un défi très concret : notre système de santé est très sollicité sur le curatif et manque de temps pour la prévention. Or, dans les territoires, il existe déjà des ressources souvent sous-utilisées : plateaux techniques et équipes pluridisciplinaires des établissements SMR, structures médico-sociales…

L’ambition annoncée côté Clariane est double :

  1. Généraliser le repérage ICOPE (step 1) : d’ici fin 2026, l’objectif est que 100 % des patients de plus de 50 ans en psychiatrie et de plus de 60 ans en SMR pris en charge dans les établissements Clariane bénéficient d’un step 1.
  2. Ne pas s’arrêter au dépistage : déployer dans certains sites des parcours de steps 2, 3, 4 (rééducation mobilité, nutrition, prévention de la chute, etc.), là où le besoin est insuffisamment couvert, en complémentarité des acteurs de proximité.

Le tout avec une contrainte assumée : à ressources et financements constants, en adaptant l’organisation et le rôle des établissements pour devenir de véritables relais de santé publique.

À RETENIR

Dépister tôt pour agir avant la perte d’autonomie : c’est le fil rouge d’ICOPE et des cliniques de la longévité (ou de l’autonomie). En audition, cognition et prévention des chutes, les solutions existent déjà — à condition de mieux coordonner, mieux cibler, et