De la médication au mouvement : l’activité physique adaptée comme soin essentiel
L’activité physique adaptée (APA) est de plus en plus reconnue comme un outil thérapeutique efficace dans le traitement des troubles psychiques. Au-delà d’un simple complément, elle peut devenir un levier de soin à part entière lorsqu’elle est encadrée, personnalisée et intégrée dans un parcours de soins global. Cette approche s’inscrit dans une vision holistique de la santé mentale, qui complète les traitements médicamenteux et favorise le bien-être physique, psychique et social des patients.
Les preuves scientifiques de l’efficacité de l’activité physique
Les bénéfices de l’activité physique adaptée sont aujourd’hui documentés à plusieurs niveaux :
- Biologique : l’activité physique favorise la neuroplasticité, stimule la production de neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine, et réduit l’inflammation, contribuant ainsi à la régulation de l’humeur.
- Psychosocial : elle renforce l’estime de soi, le sentiment d’auto-efficacité et les interactions sociales, permettant aux patients de sortir de l’isolement et de mieux gérer leur quotidien.
- Encadré : plusieurs études montrent que 30 minutes d’activité physique, 3 à 5 fois par semaine, peuvent réduire les symptômes dépressifs de 20 à 30 % chez les patients adultes.
L’OMS recommande l’intégration d’activités physiques dans les parcours de soin pour la prévention et la prise en charge des troubles mentaux.
Freins et obstacles à son intégration
Malgré ces preuves, l’activité physique reste sous-prescrite dans les parcours de soins en santé mentale. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- Craintes des patients et professionnels : peur de fatigue excessive, inquiétude sur l’adaptation aux troubles spécifiques par manque d’informations.
- Limites institutionnelles et organisationnelles : manque de coordination entre les équipes médicales et les spécialistes AP, méconnaissances et complexité sur les modalités de prescriptions ou structures d’appui.
- Accès et formation : si la formation universitaire aux métiers de l’activité physique adaptée est accessible et ne relève pas d’un numerus clausus, la profession souffre encore d’un déficit de reconnaissance. Les freins identifiés sont avant tout financiers et structurels : une prise en charge encore limitée par l’Assurance maladie (hors ALD), ce qui restreint l’accès pour les publics les plus précaires, ainsi qu’un manque de subventions pérennes, les associations et structures proposant l’APA dépendant souvent de financements ponctuels.
Une approche individualisée, avec un suivi régulier et une évaluation adaptée des capacités, est essentielle pour maximiser les bénéfices de l’APA.
L’APA : un soin à part entière
Pour être pleinement efficace, l’APA doit être intégrée dans un parcours de soin structuré :
- Évaluation initiale : mesure des capacités physiques et psychiques du patient.
- Accompagnement régulier : suivi des progrès, adaptation du programme.
- Coordination multidisciplinaire : collaboration entre soignants, psychologues, éducateurs sportifs et autres intervenants.
Des initiatives à l’échelle locale et internationale montrent que cette approche favorise la prévention, la remobilisation globale et l’inclusion sociale des patients.
Exemple pédagogique :
- Programmes d’APA en unités hospitalières ou maisons sport-santé, combinant activités motrices, coaching et suivi psychologique, avec des résultats positifs sur la santé mentale et la qualité de vie.
Perspectives et recommandations
Pour inscrire durablement l’APA dans les pratiques de soin :
- Renforcer la formation et l’information auprès des professionnels de santé, des éducateurs sportifs et des patients.
- Développer la prescription et les protocoles d’APA standardisés.
- Créer des passerelles entre structures de soins, associations sportives et collectivités.
- Accompagner la création des postes dédiés dans les établissements (enseignant en APA).
- Évaluer et mesurer l’impact sur la santé mentale, pour ajuster les pratiques et diffuser les bonnes pratiques. Valoriser les réussites (témoignages, études de cas).
Vers une médecine plus globale
L’activité physique adaptée représente un levier concret pour enrichir la santé mentale et l'accompagnement psychique. Placer le mouvement au cœur du parcours patient permet de compléter la médication, de prévenir l’isolement et de promouvoir un bien-être global.
Cette approche contribue à transformer les pratiques de soin en les rendant plus humaines, plus personnalisées et orientées vers la prévention.
Nelly Heraud