Les centenaires en Europe : portrait et facteurs de longévité

Ils sont près de 100 000 dans l'Union européenne, soit un centenaire pour 4 500 habitants. Qui sont-ils ? Où vivent-ils ? Et quelles sont les conditions associées à cette longévité exceptionnelle ? C’est à ces questions que répond l'étude conduite par le cabinet Asterès pour Clariane, à partir d’une analyse de 243 régions européennes et de 34 variables socio-économiques, climatiques et démographiques.


Étude Asterès pour Clariane – Les centenaires en Europe

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Un phénomène en pleine croissance

Le vieillissement de la population européenne s'accompagne d'un nombre croissant de centenaires. En vingt ans, l'espérance de vie a progressé de près de quatre ans à l'échelle du continent. En France, l'Insee l'anticipe clairement : le nombre de centenaires pourrait être multiplié par quatre d'ici à 2070.

100 000 personnes

Près de 100 000 personnes ont aujourd’hui 100 ans ou plus en Union Européenne

1 / 4 500

Soit un centenaire pour 4 500 habitants

Portrait du centenaire européen

82 %

sont des femmes

81 %

sont veufs

42 %

vivent en zone rurale

Le centenaire européen est, dans huit cas sur dix, une femme — proportion qui s'explique par une espérance de vie supérieure de cinq à six ans en moyenne à celle des hommes. Veufs dans leur très grande majorité (81 %), les centenaires sont aussi, fait moins attendu, davantage diplômés que les autres membres de leur génération : 9 % ont accédé à l'enseignement supérieur, contre seulement 3 % de leurs contemporains. Un écart qui n'est pas anodin, l'éducation étant l'un des déterminants les mieux établis de la longévité.

Autre trait distinctif : 42 % des centenaires vivent en zone rurale, dans des communes de moins de 10 000 habitants — soit une surreprésentation nette par rapport à la population générale (28 %). Un profil cohérent avec ce que la recherche associe aux territoires de grande longévité : activité physique quotidienne, alimentation locale, densité des liens communautaires.
Enfin, 73 % des centenaires de l'Union européenne résident dans seulement quatre pays : la France, l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne.

Une géographie de la longévité

La répartition des centenaires en Europe est loin d'être uniforme. Le gradient est net : les pays d'Europe du Sud concentrent proportionnellement 77 % de centenaires de plus que ceux d'Europe de l'Ouest, tandis que les pays d'Europe de l'Est en recensent 55 % de moins. La France et l'Italie partagent la première place avec 33 centenaires pour 100 000 habitants ; la Bulgarie ferme le classement avec 5.

Mais c'est à l'échelle régionale que les écarts sont les plus révélateurs. En France, le ratio varie de 13 centenaires pour 100 000 habitants en Guyane à 92 en Martinique — un rapport de 1 à 7. En Espagne, il va de 12 à Melilla à 56 en Castille-et-León. L'échelle régionale s'impose ainsi comme l'unité d'analyse la plus pertinente pour comprendre ce phénomène.

Cinq facteurs statistiquement associés à la longévité

L'analyse économétrique conduite par Asterès fait apparaître cinq facteurs significativement associés à une plus forte concentration de centenaires.

  • La géographie est le facteur le plus déterminant. Elle capte un ensemble de dimensions difficiles à isoler individuellement : régime alimentaire méditerranéen, densité des liens sociaux et familiaux, facteurs génétiques de population, histoire sanitaire.
  • Le niveau d'éducation de la population joue également un rôle mesurable : chaque point supplémentaire de diplômés du supérieur dans la population des 25-64 ans augmente le ratio de centenaires de 1,2 %.
  • Le maintien du lien conjugal aux grands âges est un marqueur des régions à forte longévité. Les régions où davantage de centenaires sont encore mariés tendent à en compter plus — signe que la conjugalité préservée reflète un lien social dont l'effet sur la santé est direct.
  • La chaleur extrême exerce un effet propre négatif, ce qui explique que les régions les plus torrides d'Europe du Sud — Sicile, Crète, Andalousie — n'affichent pas les ratios les plus élevés de leur pays.
  • Le tabac est le premier facteur négatif lié aux modes de vie : chaque point de pourcentage de tabagisme quotidien réduit le ratio de centenaires de 6,4 %. Les pays d'Europe de l'Est, qui combinent les taux de tabagisme les plus élevés et les plus faibles proportions de centenaires, en offrent une illustration particulièrement nette.

Ce que la richesse et l'offre de soins n'expliquent pas

L'un des enseignements les plus contre-intuitifs de l'étude est l'absence d'effet statistique mesurable de la richesse des territoires et de la densité de l'offre de soins hospitaliers sur la proportion de centenaires.

Le PIB par habitant, le nombre de lits d'hôpitaux, le nombre de médecins : aucun de ces indicateurs ne prédit le ratio de centenaires entre régions. L'Épire, en Grèce, avec un PIB de 14 000 € par habitant, compte 55,6 centenaires pour 100 000 habitants, contre 14,1 pour le Luxembourg à 87 100 € par habitant.

 

Cette étude s'inscrit dans le programme de recherche et de production de connaissances de Clariane sur les grands enjeux du vieillissement en santé. Elle est consultable en accès libre dans le document ci-dessous.