La e-santé, levier indispensable pour une médecine préventive et personnalisée
Face aux limites d’un modèle encore trop curatif, la e-santé devient un levier incontournable pour bâtir une médecine réellement préventive et personnalisée. Le professeur Antoine Piau éclaire les conditions essentielles pour réussir ce changement d’échelle.
La transformation de notre système de santé ne pourra pas reposer uniquement sur l’augmentation du nombre de professionnels soignants – hypothèse irréaliste à court terme. La vraie rupture viendra de la transition d’une médecine essentiellement curative à une approche préventive, proactive et personnalisée qui nécessite : un arbitrage sur les financements, une répartition et délégation de tâche repensée, et des outils de télésanté.
La télésurveillance, un passage obligé
On ne pourra jamais mettre en place une prévention réellement personnalisée, une médecine de précision proactive, sans outils numériques tels que la télésurveillance médicale ou le Télésuivi. Ces dispositifs ne sont plus une option mais une nécessité, si l’on veut répondre aux besoins de santé publique sans multiplier par cinq ou dix le nombre de soignants. Le constat est simple : si l’on veut proposer des prises en soins précoce, sans attendre que le patient s’inquiète d’un symptômes (souvent tardif) ou arrive aux urgences, il faut suivre de grandes populations qui vont bien, en amont de la maladie, et donc à distance.
Le défi : passer du POC au déploiement à grande échelle
La France regorge d’expertises : ingénierie, numérique, recherche médicale, innovation clinique. Pourtant, nous restons trop souvent bloqués au stade du POC (Proof of Concept), des projets pilotes, des Living Labs sans véritable passage à l’échelle. Le véritable enjeu des prochaines années est clair : industrialiser, déployer, et travailler collectivement de façon plus efficace pour amener ces innovations à l’échelle régionale, et nationale. Il a été démontré par exemple que la téléconsultation pouvait avoir des bénéfices économiques et écologiques dans certains cas, l’enjeu maintenant est d’en faire bénéficier tout le monde, quel que soit l’âge, le lieu de vie, la capacité à utiliser de nouvelles technologies*
Le numérique, catalyseur mais pas substitut au lien humain
La e-santé ne doit pas être perçue comme une fin en soi, mais comme un accélérateur. Rien ne remplace le contact physique, les rencontres concrètes, qui permettent d’instaurer la confiance, et d’accompagner les patients les plus éloignés du numérique. Sans nouveaux métier de support à l’usage des outils de télésanté, sans prise en compte du fossé digital, les inégalités d’accès aux soins ne seront pas réduites mais deviendrons au contraire insupportables.
À retenir
La e-santé n’est pas seulement un outil technologique : elle est la clé de voûte d’un changement de paradigme vers une médecine qui soigne moins tard, mais mieux et plus tôt. C’est une chance que nous devons saisir, collectivement, en dépassant la phase expérimentale pour construire un modèle réellement durable et efficace.
Professeur Antoine Piau