De la dépendance à la prévention : la révolution silencieuse de la gériatrie
Pourquoi certaines personnes se rétablissent-elles rapidement après une fracture alors que d’autres, pourtant du même âge et apparemment en bonne santé, perdent brutalement leur autonomie ? Le concept de fragilité, défini par Linda Fried au début des années 2000, apporte un éclairage décisif et transforme notre manière d’appréhender le vieillissement.
Fragilité et prévention : repenser le vieillissement
Le concept de fragilité : une clé de lecture nouvelle
Avant cette avancée, la gériatrie intervenait surtout à un stade avancé, lorsque pathologies lourdes ou dépendance étaient déjà installées. La fragilité permet désormais de repérer tôt les premiers signaux de vulnérabilité.
Cinq indicateurs simples permettent d’identifier une personne fragile :
- ralentissement de la marche ;
- perte de poids involontaire ;
- fatigue persistante ;
- diminution de la force musculaire ;
- baisse de l’activité physique ;
- isolement social.
Présenter trois de ces critères suffit à classer une personne comme fragile, même si elle reste autonome. Cela redonne une valeur prédictive à l’évaluation gérontologique : un « signal faible » peut révéler un risque futur de perte d’autonomie.
De la médecine réparatrice à la prévention active
Jusqu’aux années 2000, la gériatrie était centrée sur la réparation : on intervenait lorsque la dépendance était déjà installée. Aujourd’hui, la fragilité incite à une approche proactive, accompagnant aussi ceux qui « vont encore bien » pour préserver leur autonomie plus longtemps.
Ce changement de paradigme implique :
- passer d’une médecine de réparation ou palliative à une médecine de l’anticipation ;
- identifier et agir sur les vulnérabilités avant qu’elles ne s’aggravent.
Allonger l’espérance de vie en bonne santé
Agir sur la fragilité, c’est :
- retarder la dépendance,
- améliorer la qualité de vie,
- permettre aux personnes âgées de rester actrices de leur parcours de vie.
La fragilité permet d’identifier tôt les risques de perte d’autonomie et de passer d’une médecine réparatrice à une médecine proactive. Vieillir en bonne santé devient ainsi possible.
Professeur Antoine Piau